Difficulté à uriner après l'accouchement : est-ce normal et que faire ?
Relu par Docteur Celine Dupont, gynecologue obstetricienne a Lyon.
Consultez sans attendre si
- Vous n'avez pas uriné depuis plus de 6 heures après l'accouchement, même si vous ne ressentez pas le besoin : contactez immédiatement votre sage-femme ou le service de maternité.
- Vous ressentez une douleur pelvienne intense, une pesanteur ou une tension dans le bas-ventre : cela peut être le signe d'une vessie distendue, consultez rapidement.
- Votre bas-ventre est visiblement gonflé ou vous sentez une masse arrondie au-dessus du pubis : c'est un signe possible de vessie trop pleine, ne restez pas sans avis médical.
- Vous avez de la fièvre, des frissons, des brûlures en urinant ou des urines malodorantes ou troubles : une infection urinaire peut être associée, consultez sans attendre.
- Vous avez l'impression de ne jamais vider complètement votre vessie, même après plusieurs passages aux toilettes : parlez-en à votre professionnel de santé dès que possible.
- Vous devez fournir un effort important (pousser, contracter fortement) pour arriver à uriner, ou les difficultés persistent au-delà de quelques jours : demandez un avis.
Cette page informe, elle ne remplace pas un avis medical. En cas de doute, votre sage-femme, votre medecin ou le 15 sont les bons interlocuteurs.
Après la naissance de votre bébé, votre corps traverse une période de grands changements. Parmi les sensations inhabituelles que vous pouvez ressentir, la difficulté à uriner est fréquente mais souvent peu évoquée. Vous n'êtes pas seule : de nombreuses femmes vivent cette situation dans les jours qui suivent l'accouchement, que celui-ci ait eu lieu par voie basse ou par césarienne. Cette difficulté peut prendre plusieurs formes : une impossibilité d'uriner, une vidange incomplète de la vessie, ou une gêne persistante. Il est important de ne pas banaliser ces signes, car une vessie qui se vide mal peut entraîner des complications si elle n'est pas prise en charge. Les soignants distinguent plusieurs situations. On parle de rétention urinaire complète lorsque vous ne parvenez pas du tout à uriner, de rétention incomplète lorsque la vessie ne se vide pas entièrement, et de rétention persistante lorsque les difficultés continuent au-delà des premiers jours. Ces situations ne sont pas toujours évidentes à identifier soi-même, car la sensation de besoin peut être diminuée, notamment après une anesthésie péridurale ou une césarienne. C'est pourquoi les professionnels recommandent de ne pas rester plus de six heures sans uriner après l'accouchement, et de signaler toute gêne. Dans cet article, nous allons passer en revue les questions que l'on peut vous poser, les signaux qui doivent vous alerter, et les mécanismes possibles. Gardez à l'esprit que seul un professionnel de santé peut évaluer précisément votre situation et vous proposer une conduite à tenir adaptée. Votre confort et votre récupération méritent toute votre attention.
Les questions qu’un professionnel de sante va vous poser
Quand avez-vous uriné pour la dernière fois ?
Pourquoi cette question
Cette question permet de vérifier que vous n'êtes pas restée trop longtemps sans vider votre vessie. Les recommandations conseillent de ne pas dépasser six heures après l'accouchement.
Ce que votre reponse oriente
Si le délai est supérieur à six heures, cela peut orienter vers une rétention urinaire complète, surtout si vous ne ressentez pas le besoin d'uriner. Votre professionnel de santé pourra alors vérifier le volume de votre vessie.
Ressentez-vous une envie d'uriner sans parvenir à le faire ?
Pourquoi cette question
C'est un signe classique de rétention urinaire dite complète. Le professionnel cherche à savoir si le signal nerveux et la contraction de la vessie sont coordonnés.
Ce que votre reponse oriente
Si vous décrivez une envie forte mais une impossibilité d'uriner, cela peut évoquer une difficulté de vidange liée à un spasme, une inflammation ou une lésion nerveuse transitoire.
Avez-vous l'impression que votre vessie ne se vide pas entièrement ?
Pourquoi cette question
Cette question explore la possibilité d'une rétention incomplète, plus difficile à percevoir car vous urinez un peu, mais pas tout.
Ce que votre reponse oriente
Une sensation de vidange incomplète, ou le besoin d'y retourner peu après, peut orienter vers un résidu post-mictionnel. Seul un examen (comme une échographie) peut le confirmer.
Avez-vous accouché par voie basse avec l'aide d'instruments (forceps, ventouse) ?
Pourquoi cette question
Les accouchements avec instruments sont un facteur de risque connu de difficulté à uriner, car ils peuvent étirer ou comprimer les nerfs et les tissus du périnée.
Ce que votre reponse oriente
Si vous avez eu un tel accouchement, le professionnel sera plus vigilant sur la vidange de votre vessie dans les premiers jours.
Avez-vous eu une péridurale ou une rachianesthésie, notamment pour une césarienne ?
Pourquoi cette question
Ces techniques d'anesthésie peuvent diminuer temporairement la sensation de vessie pleine ou la capacité à contracter le muscle vésical.
Ce que votre reponse oriente
Après une anesthésie, il est courant de ne pas ressentir le besoin d'uriner normalement. Le professionnel peut alors vous proposer un protocole de surveillance adapté.
Ressentez-vous des douleurs dans le bas-ventre ou la région pelvienne ?
Pourquoi cette question
Une douleur pelvienne peut être le signe d'une vessie trop distendue, ou d'une autre complication comme une infection.
Ce que votre reponse oriente
Une douleur importante ou une pesanteur au-dessus du pubis doit être signalée rapidement, car elle peut indiquer que la vessie est trop pleine.
Avez-vous des brûlures en urinant, des frissons ou de la fièvre ?
Pourquoi cette question
Ces signes peuvent évoquer une infection urinaire, qui peut être associée à une difficulté à uriner, surtout si les urines stagnent dans la vessie.
Ce que votre reponse oriente
Si vous décrivez ces symptômes, le professionnel pourra demander des analyses d'urine et décider d'une prise en charge adaptée.
Ce qui explique le plus souvent cette situation
Lésions nerveuses ou musculaires lors de l'accouchement
Lors d'un accouchement par voie basse, surtout avec forceps ou ventouse, les nerfs qui contrôlent la vessie et les muscles du périnée peuvent être étirés ou comprimés. Cela peut perturber temporairement la vidange de la vessie.
Effets de l'anesthésie péridurale ou rachidienne
L'anesthésie peut diminuer la sensibilité de la vessie et la capacité à sentir qu'elle est pleine. Après une césarienne, certains médicaments utilisés pour la douleur peuvent également ralentir le réflexe d'uriner.
Gonflement et inflammation des tissus périnéaux
Après l'accouchement, les tissus autour de l'urètre et du périnée peuvent être gonflés ou douloureux, ce qui gêne le passage de l'urine. La peur de la douleur peut aussi provoquer une contraction réflexe qui bloque la miction.
Distension prolongée de la vessie
Si la vessie reste trop pleine pendant plusieurs heures, ses parois peuvent se distendre et le muscle qui la vide (le détrusor) peut devenir temporairement moins efficace. Cela peut aggraver la difficulté à uriner.
Ce que vous pouvez faire de votre cote
Essayez d'uriner à heures régulières
Même si vous ne ressentez pas une envie forte, installez-vous aux toilettes toutes les quelques heures dans les premiers jours. Cela aide à éviter que la vessie ne se remplisse trop.
Adoptez une position confortable et détendue
Asseyez-vous bien droite, penchez légèrement le buste en avant, posez les pieds à plat. Respirez calmement et laissez le périnée se relâcher sans forcer.
Appliquez une compresse tiède sur le bas-ventre
Une source de chaleur douce (pas brûlante) sur la zone au-dessus du pubis peut aider à détendre les muscles et faciliter la vidange. Vérifiez la température pour éviter toute brûlure.
Buvez suffisamment, sans excès
Une bonne hydratation dilue les urines et réduit l'irritation. Ne vous retenez pas d'uriner dès que vous en ressentez le besoin, même léger.
Ne poussez pas comme pour aller à la selle
Forcer avec les abdominaux n'aide pas à vider la vessie et peut augmenter la pression sur le périnée. Si vous devez pousser pour uriner, signalez-le à votre professionnel de santé.
Surveillez la sensation de vidange complète
Après avoir uriné, prenez le temps de rester quelques instants et de vérifier si vous sentez encore une pesanteur. En cas de doute, mentionnez-le lors de votre suivi.
Questions frequentes
La difficulté à uriner après l'accouchement est-elle fréquente ?
Oui, elle peut survenir chez de nombreuses femmes, en particulier après un accouchement avec instruments ou une anesthésie. Elle est souvent temporaire, mais elle mérite d'être signalée pour éviter des complications.
Combien de temps cela peut-il durer ?
Dans la plupart des cas, la vidange de la vessie se normalise en quelques jours. Cependant, certaines situations peuvent persister plus longtemps, d'où l'importance d'un suivi par un professionnel.
Qu'est-ce qu'une rétention urinaire incomplète ?
C'est lorsque la vessie ne se vide pas entièrement après la miction. On peut ne pas s'en apercevoir, car on urine quand même. Seul un examen peut mesurer le résidu post-mictionnel.
Peut-on prévenir ce problème ?
Il n'existe pas de méthode infaillible, mais essayer d'uriner régulièrement après l'accouchement et signaler toute gêne rapidement aident à limiter les risques. Votre équipe soignante peut vous guider.
L'allaitement est-il compatible avec une difficulté à uriner ?
Oui, l'allaitement n'est pas contre-indiqué. Si vous avez des symptômes, parlez-en à votre sage-femme ou votre médecin pour adapter la prise en charge sans interrompre l'allaitement.
Faut-il faire de la rééducation périnéale ?
La rééducation périnéale est surtout indiquée pour les fuites urinaires, mais un professionnel peut évaluer si elle a un intérêt dans votre cas. N'hésitez pas à en discuter lors de votre consultation postnatale.
Sources scientifiques
Cet article a ete redige a partir des publications ci-dessous (revues de litterature, meta-analyses et recommandations indexees sur PubMed).
- Postpartum urinary retention: an expert review., Am J Obstet Gynecol (2023) · PMID 35932877
- Current opinion: postpartum urinary disorders., Curr Opin Obstet Gynecol (2023) · PMID 37807921
- Postpartum urinary retention: what are the sequelae? A long-term study and review of the literature., Int Urogynecol J (2022) · PMID 35129645
- Efficacy and Safety of Intrathecal Morphine for Cesarean Delivery: A Narrative Review., Curr Pain Headache Rep (2024) · PMID 38976173
- A rapid systematic review of postpartum bladder care guidelines and recommendations in the context of the COVID-19 pandemic., J Obstet Gynaecol (2022) · PMID 36222025
Relecture clinique
Relu par Docteur Celine Dupont, gynecologue obstetricienne a Lyon.
Relecture du 23 août 2026, portant sur l’exactitude medicale du contenu et sur les signaux qui doivent conduire a consulter. Cette page informe, elle ne remplace pas une consultation.
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